La voie tracée par Dürckheim est-elle une voie spirituelle
ou une thérapie ?
Les deux en une !
Notre existence, qui est tendue entre la vie et la mort, a ses
racines dans l’être. Dans la tradition du zen, l’être n’est pas
conceptualisé comme étant quelque chose ou Quelqu’un.
L’être est action. Se mettre en accord, en résonance avec
cette action « qui fait que tout ce qui vit … vit ! » : là est la
dimension spirituelle de la voie tracée par Graf Dürckheim à son retour du Japon.
Le zen, culture du silence et culture de la tranquillité
(affranchi des rites et des formes culturels propres à la
tradition orientale) avoue un but : la paix intérieure.
En ce sens, on peut considérer le travail proposé au Centre
comme étant une thérapie.
Nous avons, en Occident, pléthore de thérapies qui
s’adressent à l’homme stressé, agité, tendu, inquiet,
dépressif ou angoissé. N’est-ce pas suffisant ? Faut-il
ajouter une nouvelle thérapie : le zen ?
Le zen n’est ni une nouvelle thérapie, ni une thérapie
ancienne. Le zen nous invite à porter un nouveau regard sur
l’homme, sur nous-mêmes. Avec Graf Dürckheim, je suis
convaincu que ce que nous entendons par thérapie, jusqu’à
aujourd’hui, n’en est en fait que la moitié !
Il est heureux que parmi les thérapies pragmatiques que
nous connaissons, certaines aident l’homme à mieux
fonctionner dans son rapport au monde et son rapport aux
autres. Cependant, existe une thérapie qui s’emploie à
éveiller l’homme à un espace jusqu’ici ignoré : sa nature
essentielle.
Spirituelle et/ou thérapeutique, quelle est la méthode à
suivre sur ce chemin ?
C’est l’exercice. Une activité inventée par l’homme afin de
se mettre en accord, en résonance, avec « une action qui est
déjà en action au plus profond de soi-même » : l’être !
Le zen est un chemin d’expérience et d’exercice.
Pratiquant moi-même, depuis bientôt quarante ans,
j’observe chaque jour les effets et l’étendue d’un exercice
comme la pratique méditative sans objet.
Si l’homme fait un exercice à fond, tous les secteurs de sa
vie intérieure sont fécondés par cette profondeur.
Il s’agit donc de bâtir une vie intérieure plus sereine, plus
confiante, plus tranquille en utilisant un outil : l’exercice ?
Oui et non! La paix intérieure ne peut être un effet fabriqué
par des exercices. La tranquillité du corps, la sérénité de
l’esprit et la paix de l’âme sont des effets naturels de l’état
de santé fondamental de l’homme que le zen appelle notre
vraie nature.
La voie de l’action, proposée au Centre, permet et favorise
le passage d’un niveau d’être à cet autre niveau d’être :
notre être essentiel.
La méthode est la pratique d’un exercice qui fait passer
celui qui s’exerce d’un niveau d’action à un autre niveau
d’action.
Si je comprends bien, contrairement à la plupart des
thérapies que nous connaissons, vous n’invitez pas la
personne en chemin à revenir sur son passé, sur sa
biographie, sur les causes de son mal-être…
Exactement. Nous basculons ici dans l’autre moitié de la
thérapie.
Une méthode thérapeutique qui s’intéresse plus au moment
présent qu’au passé ou au futur. Un chemin de maturation
qui préfère l’action à la réflexion. Une voie spirituelle qui
préfère l’expérience aux discours.
Vous proposez diverses activités aux personnes qui viennent
au Centre ?
Fondamentalement, nous proposons la culture du silence et
la culture de la tranquillité, exercées dans la pratique
méditative sans objet (zazen) et l’expérience du Hara.
Quant aux autres techniques, ce dont je me soucie avant
tout, c’est la personne qui enseigne. Les quelques
collaborateurs qui proposent leur travail au Centre savent
que la voie tracée par Graf Dürckheim a pour sens le
passage d’un niveau d’être à un autre niveau d’être
intérieur et que le moyen est le passage d’un niveau
d’action à un autre niveau d’action.
En tant que fondateur et responsable du Centre, j’ai
beaucoup de chance d’être entouré par ces femmes et ces
hommes qui témoignent de la compétence et de l’humilité
qui, dans tout art, désignent le maître.